Bref historique

L’Hôtel Goüin a été construit à la fin du XVe siècle (1491) par René Gardette (échevin et maire de Tours), sur l’emplacement d’une maison gallo-romaine.

En 1738, la famille Goüin, famille de notables, originaires de Bretagne (les Gwen, francisés en Goüin) l’acquière et le gardera jusqu’à son leg à la Société Archéologique de Touraine (SAT) en 1925. La SAT en fait don pour un franc symbolique au Conseil Général d’Indre-et-Loire en 1976 (devenu depuis Conseil Départemental).

La façade de l’Hôtel Goüin, entre flamboyant et Renaissance

1510 : Comme bon nombre de bourgeois à cette époque, René Gardette décide l’embellissement de sa demeure, embellir signifiant mettre au gout du jour. La mode s’inspire alors de la Renaissance Italienne dont la caractéristique essentielle est une volonté de résurrection de l’Antiquité par un retour aux sources gréco-latines. Ce style apparaît comme un exotisme et un insigne de prestige.

Le caractère hybride de la façade de l’hôtel Goüin est typique de la première Renaissance française : permanence de certains usages médiévaux, d’une part, utilisation d’un répertoire décoratif teinté d’italianisme de l’autre. Il ne s’agit pas d’un simple placage ou d’une adoption des éléments de décor italiens, mais bien d’une adaptation locale du modèle italien. Ainsi cohabitent harmonieusement dans un foisonnement ornemental, des éléments du gothique flamboyant et de la Renaissance italienne : d’un côté des pignons triangulaires et pinacles ornés de crochets et de fleurons, l’incontournable chou frisé, les motifs trilobés, de l’autre rinceaux, candélabres, frises d’oves et de dards, pilastres cannelés, couronnes et médaillons, corbeilles de fruits, rubans, niques à coquilles, dauphins…

Au logis médiéval, René Gardette fait ajouter trois avant-corps à loggia et terrasses qui rappellent le raffinement des palais vénitiens, mais la toiture est extrêmement pentue et typiquement française.

La famille Goüin

La famille Goüin, d’après ses titres et ses traditions, est une famille catholique originaire de Bretagne, de Rennes ou de ses environs. Elle y était honorablement connue et, lors de la vérification des titres nobiliaires de 1531, elle fut maintenue dans ses droits et armoiries : d’azur à la croix tréflée d’or (ou, selon les documents, d’azur à la croix fleurdelisée d’argent). L’un de ses membres, Antoine Goüin (ou Gouyn), négociant, vint se fixer en Touraine, à Preuilly, à l’aube du xviie siècle.

Antoine Goüin eut de Madeleine Joubert quatre enfants, dont l’un, Antoine, devint curé de Saint-Melaine de Preuilly et fonda la chapelle de Notre-Dame-de-la-Paix-de-Chantereine en 16741, un autre fils, Pierre, qui se fixa à Paris, une fille, Claude, qui épousa Pierre Dupleix, receveur des aides et gabelles, et un autre, Jacques Goüin, maître-chirurgien et bourgeois de Tours, qui se fixa à Tours.

 

Pierre Gouin, qui s’était fixé à Paris, eut un fils, également prénommé Pierre (1663-1739), qui, bourgeois de Paris, s’installa à Rennes, dont il devient échevin, et acquis le manoir de la Quemeraye à Guichen en 17112. Il eut plusieurs enfants : François (1695-1749), sieur de La Quemeraye, conseiller du roi et à la Chambre des comptes de Bretagne (qui eut une fille mariée à Léonard Droüet de Montgermont) ; Gillonne (1699-1787), épouse de Michel Luce de La Galonnais ; Perrine Mathurine (1700-1779), épouse de André Mathurin Chéreil de La Rivière ; et Françoise Rose (1705-1795), épouse de Yves René Louis Courtoys de La Ville-Asselin.

 

D’un premier mariage en 1641, avec Marthe Toytault-Jadia, fille d’ Étienne, seigneur de Florandie, Jacques, fils d’Antoine Goüin, eut : François, Antoine et Joseph ; ce dernier, également chirurgien, épousa Madeleine Guerineau en 1680. Jacques contracta une seconde union avec Anne Brunet, qui mit au monde deux fils, Henri, notaire royal et bourgeois de Tours, et un autre, lequel fut seigneur des Ormeaux.

 

La carrière de négociant fut reprise par le fils d’Henri, Henri François Goüin (1686-1748). D’une intelligence ferme et d’une volonté résolue, Henri François fonda en 1714, la Banque Goüin à Tours. Il acheta en 1738 l’hôtel particulier, aujourd’hui connu sous le nom d’hôtel Goüin. Il avait épousé Marie Anne Boisseau, fille de Pierre, notaire, et eut trois enfants : Pierre Bonaventure (1733-1811), sieur de la Boissière, négociant et juge-consul à Tours, qui reprit la direction de la maison de commerce ; Geneviève Marguerite (1736-1807), mariée à Guillaume du Baut (ou Dubault), conseiller du roi et receveur des Tailles à Tours, et Henri Pierre (1732-1782), négociant, juge-consul, administrateur de l’Hôpital général de Tours, fabricien de la basilique Saint-Martin de Tours et qui reprendra la direction de la Banque Goüin à la suite de son père.

 

Henri Pierre épousa Anne Marie Renée Leroux, fille de Jacques Leroux, marchand-fabricant en soierie et propriétaire de la Plaine-Fondettes, et de Marie Anne Baudichon, deux familles de l’importante bourgeoisie marchande de Tours, et tante de l’épouse de Marie Félix Faulcon de La Parisière, président du Corps législatif. Ils eurent six enfants : Henri Jacques Goüin-Moisant, banquier, maire de Tours, député ultra-royaliste sous la Restauration ; Anne Marie Céleste, née en 1759, qui épousera en 1776, Jacques Boësnier de Clairvaux, écuyer, neveu de l’économiste Paul Boësnier de l’Orme ; Agathe Charlotte Pauline (1764-1849), qui se mariera en 1783 à Pierre Charles Gondouin (1744-1823), notaire à Paris, à qui le futur Louis XVIII avait laissé en dépôt une somme considérable lors de son départ en immigration, et qui était propriétaire du château de la Prousterie à Avezé (il était le fils de Pierre, conseiller du roi en l’Élection de Saumur, et de Jeanne Marie Bourrey de Morel) ; Geneviève Justine Chantal, née en 1769, femme en 1788 du chevalier Constantin Alexandre de Touraille, Maître en la Cour des comptes de Normandie (leur fille Anne Justine Henriette (1790-1867) épousera, en 1808, le général Charles Louis Alphonse, marquis du Tillet, chef d’escadron à l’Armée de Condé) ; Augustin Raymond (1770-1832) sera négociant à Morlaix, et épousera une des filles d’Armand Joseph Dubernad.

 

Le troisième enfant de Henri Pierre, Alexandre Pierre François Goüin, dit de La Grandière ou du Tillais (1760-1832) fut directeur de la Banque Goüin frères, agent de change, président du collège électoral d’Indre-et-Loire et du Tribunal de Commerce de Tours, vice-président de la Chambre de commerce et officier municipal. Il épousa en 1785 dans la chapelle du château de la Plaine-Fondettes, Marie Magdeleine Benoist de La Grandière (1763-1840), fille d’Étienne Benoist de La Grandière, et furent entre autres les parents de Alexandre Goüin, ministre sous la Monarchie de Juillet.

Une branche se fixa à Nantes et une autre à Paris.

La Banque Goüin

L’Hôtel Goüin hébergea un temps la banque familiale.

La Banque Goüin, fondée à Tours en 1714 par Henri François Goüin, connut un grand développement et existera durant plus de deux siècles, disparaissant au cours du XXe siècle, après sa fusion avec le Crédit Industriel de l’Ouest en 19585. À la mort de son père, Henri Pierre Goüin reprit les affaires de la banque ; par la suite, ses deux fils, Henry Jacques Marie et Alexandre Pierre François reprirent la maison sous le nom de banque Goüin frères. Leurs fils ainés respectifs, Henri et Alexandre Goüin, leurs succédèrent, et ainsi de suite. La banque Goüin était une banque locale, mais privilégiée par les liens avec les banquiers parisiens. Sa clientèle se répartissait entre la région de Tours, Paris et l’Angleterre ; elle est principalement composée de l’aristocratie locale, de grands propriétaires terriens et de banquiers et industriels.

 

La crise financière de 1847-1848 engendra des difficultés de trésorerie et entraîna l’émission de bons. Dès 1845, l’escompte constituait l’une des grandes activités de la banque Goüin, lui permettant ainsi de retrouver rapidement la voie de la prospérité.

 

Elle participa à l’activité économique de sa région et contribua à son développement. Au point de vue local, elle contrôlait la papeterie de La Haye-Descartes, finançait la Colonie pénitentiaire de Mettray, était actionnaire entre autres des Magasins généraux de Tours, de la Société Viollet et Cie de Tours, de la fabrique de Langeais, de la Société Delaunay, de la Société des usines de Portillon, de la maison Mame et fils, de la Société des procédés l’Hermite.

 

Elle possédait des intérêts dans la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans, Manufacture des Glaces d’Aix-la-Chapelle, de la Calle, du port d’Algérie, de la Compagnie des chemins de fer Bône-Guelma, de la Caisse générale du commerce et de l’industrie, du Crédit mobilier, du Crédit foncier de France, du Crédit foncier autrichien, de la Société générale, de la Banque de Paris et des Pays-Bas (dont elle fut durant de longues décennies l’un des deux plus importants actionnaires).

 

Elle fut la correspondante de Rothschild Frères à Tours et a entre autres compté dans ses clients parisiens : Eugène Bertin, la CNP, François Delessert et Cie, Benoît Fould, Mallet frères et Cie, Rothschild Frères, F.A. Seillière, Schneider, …

 

La banque Goüin, caisse de Nantes, augmenta son capital et se transforma en banque Goüin père, fils et Cie en 1846. La faillite de la maison de banque Goüin, père et fils et Cie, en 1867, constitue alors le plus grand sinistre financier qui ait jamais frappé la place de Nantes. Le passif a été évalué à environ 6 000 000.

 

Alexandre Goüin prit le contrôle de la Caisse générale du commerce et de l’industrie (1844), sous la raison sociale Caisse générale du commerce et de l’industrie A. Goüin et Cie.